Le point de vue de Jean-Daniel Barman
membre du comité de la CRIAD et Secrétaire général de la LVT, SionLe revirement de l'OFAS
Après avoir incité bien des cantons à créer, en période
de conjoncture favorable, de nouvelles structures stationnaires pour toxicomanes, l'OFAS
s'est manifesté par un revirement spectaculaire. Depuis 1996, les différentes
circulaires de l'Office fédéral ont multiplié les obstacles en vue de l'obtention de
subventions indispensables au fonctionnement des institutions résidentielles et
ambulatoires d'aide aux personnes toxicodépendantes (problèmes drogues et alcool). On
peut donc parler d'un véritable démantèlement du pilier "thérapie". A ce
sujet, il n'est pas inutile de rappeler que le nombre de personnes concernées par les
prestations des services et institutions spécialisés est largement supérieur à celui
des toxicomanes enregistrés dans les programmes de prescription médicale d'héroïne. Au
moment où la Confédération veut, par l'Arrêté fédéral urgent, augmenter la
capacité de tels programmes, peut-elle perdurer dans la déstabilisation d'un pilier
fort de son programme dit des "quatre piliers" ?
Trois ans de pressions pour un démantèlement du pilier "thérapie" ?
Cela fait bientôt trois ans que nous sommes soumis aux circulaires de l'OFAS (seul mode
de communication retenu par cet Office en plus du téléphone). En attendant l'entrée en
vigueur, début 2001 dans le meilleur des cas, du nouveau modèle de financement des
institutions pour toxicomanes, nous avons demandé à plusieurs reprises à la Cheffe du
DFI un moratoire concernant les décisions et mesures de l'OFAS et ce jusqu'à
l'approbation et le fonctionnement du nouveau modèle de financement.
Une fois de plus, nous avons l'impression très nette que des dispositions ont été
prises par un Office fédéral sans en maîtriser les conséquences et, plus grave
encore, sans vision globale des effets, sans consultation des autres Offices
directement concernés (Office fédéral de la santé publique principalement).
Différents arguments ont été avancés par l'OFAS pour justifier ses pratiques. Il
aurait suffi de nous dire qu'il s'agissait en fait de mesures d'économie. Un
Office peut-il cependant se retirer sans prévoir d'alternatives ? Il aura fallu nos
interventions répétées pour que les deux Offices fédéraux (OFAS et OFSP), émanant
pourtant du même Département, se rencontrent enfin et débattent de ce dossier. Fait
significatif de ce rapprochement salutaire, l'aide financière transitoire apportée par
l'OFSP aux institutions (première tranche fin 1998 et seconde attendue dans le courant de
l'été 1999) et la dernière circulaire de l'OFAS datée du 28 mai 1998 (soit quelques
jours avant notre Conférence de Presse), signée par la sous-directrice de l'OFAS et le
sous-directeur de l'OFSP.
Procédé arbitraire
L'imposition des certificats médicaux appelés à prouver, pour chaque usager,
l'incapacité de gain permanente ou de longue durée occasionnée par une atteinte à la
santé, a créé une concision totale. Il a été demandé à des médecins non préparés
de remplir les certificats médicaux déterminants pour l'attribution de subventions aux
institutions. L'OFAS ne subventionne pas de traitements médicaux. Il s'appuie pourtant
sur un certificat médical pour apprécier une situation sociale ! Dans un premier temps, l'analyse
des certificats s'est d'ailleurs révélée totalement arbitraire en l'absence de
critères clairement définis par l'OFAS. La plupart des institutions ont refait,
souvent en 1999, leurs certificats 1997 suite au premier examen effectué par le seul
médecin conseil de l'OFAS. A croire que, pour certains établissements, le montant de la
subvention dépendait plus de la qualité et de la formation du médecin appelé à
remplir les certificats médicaux que des caractéristiques des usagers.
Des décisions en 1999 pour l'exercice 1997
Les réponses de l'OFAS concernant l'exercice 1997 ont été transmises à la majorité
des institutions fin février 1999 seulement. Les nombreux refus de certificats, donc de
reconnaissance du financement de prestations, se rapportent à des services fournis en
1997. Un peu comme si le client d'un Hôtel refusait de payer sa note au terme du séjour,
voire qu'il conteste la facture après plusieurs rappels !
Sans avoir précisé les critères d'admission dans les différents programmes (tant
résidentiels qu'ambulatoires), l'OFAS fait son choix et sanctionne rétroactivement
en limitant considérablement les montants de ses subventions pour des exercices
écoulés. Les réponses tardives aux institutions font état de décisions provisoires ou
définitives, d'avances, d'avances éventuellement remboursables, etc. Les écarts par
rapport aux avances attribuées début 1998 sont généralement considérables. Alors que
les exercices 1997 n'ont pas pu être bouclés en l'absence de décisions OFAS (voire de
procédure de recours contre la décision), l'OFAS a versé à la plupart des
institutions, suite à une consultation téléphonique (pratique courante de l'OFAS)
effectuée en quelques heures, une avance sur l'exercice 1999 nettement plus généreuse
que celle accordée pour l'exercice 1998... Il s'agit sans doute d'un prêt remboursable
après analyse des fameux certificats médicaux. En effet, des institutions se trouvent
dans l'obligation de rembourser des montants importants à l'OFAS par suite de
"subventions de l'Al reçues en trop" en fonction du verdict de l'analyse des
certificats médicaux relatifs à des séjours effectués, il faut le rappeler, en 1997
déjà. Elles disposent d'un délai de 90 jours pour faire une proposition sur les
modalités et la date du remboursement. Autant dire que cette exigence place les
institutions concernées en situation de faillite !
Une simple anecdote ou un fait révélateur ?
Pour illustrer l'incohérence de l'OFAS et le climat d'insécurité qui s'implante
dans nos institutions, j'évoquerai l'après-midi de formation organisé à l'intention
des médecins, à Sion le 27 mai dernier, par COSTE, Medrotox et la Société suisse
d'alcoologie (SSA), autour du thème "Certificats médicaux et tableaux de maladies
psychiatriques relevant de l'Al : établissement des diagnostics selon CIM-10". Le
représentant de l'OFAS était la personne la plus directement confrontée à la délicate
réalité de l'analyse des certificats médicaux de nos institutions. Dès lors qu'il ne
parlait que des certificats concernant la population des centres résidentiels (art. 73
LAI), il lui a été demandé pourquoi il n'évoquait jamais, dans son exposé, les
prestations relevant de l'article 74 LAI, à savoir celles en rapport avec les structures
d'aide ambulatoire. Il était fait allusion à la circulaire adressée par l'OFAS, aux
services de l'ensemble de la Suisse, en octobre 1998 (avec introduction partielle et
incohérente des certificats médicaux également dans ce secteur). Le représentant de
l'OFAS a alors déclaré, à la surprise générale de la vingtaine de médecins
présents, dont une majorité d'entre eux concernés par des personnes suivies
ambulatoirement (article 74 LAI), qu'il n'avait pas connaissance de cette circulaire de
l'OFAS et de la version 74 LAI du certificat médical correspondant ! Ce qui
pourrait n'être qu'une anecdote illustre bien quelles sont les conditions inacceptables
dans lesquelles nous devons travailler aujourd'hui pour mener une action de qualité au
service de la personne toxicodépendante. Faut-il, dès lors, encore prouver la
nécessité d'un moratoire jusqu'à l'adoption d'un nouveau modèle de financement de nos
institutions ?
CRIAD/jdb/juin 1999 |