
A propos de toxicomanie en région lausannoise
No 11 Novembre 2000

De l'hébergement
d'urgence au bail à loyer
Dans le domaine des
dépendances aux drogues illégales, le pilier réduction
des risques et aide à la survie a rapidement identifié et
pris en compte la question du logement des personnes toxicodépendantes.
Aujourd'hui, les offres
de logements peuvent être de formes très différentes
: certaines structures, de type Sleep-In ou Marmotte à Lausanne,
proposent de l'hébergement d'urgence de nuit, à durée
déterminée. D'autres services considèrent que la
question du logement fait partie d'une prise en charge socio-éducative
plus globale, c'est le cas par exemple de l'ASEMO (Accompagnement Socio-Educatif
en Milieu Ouvert) à Lausanne. D'autres encore, comme la commune
de Lausanne, proposent des appartements de secours.
Or, actuellement,
à Lausanne et plus largement dans le Canton, plusieurs intervenant-e-s
dans des structures accueillant des personnes toxicodépendantes
ont fait part de leurs difficultés à répondre à
la demande de logements qui leur sont adressées par leurs usager-ère-s.
En effet, des structures à seuil bas comme Entrée de Secours
à Morges et le Passage à Lausanne, constatent que l'accès
au logement pour des personnes endettées, marginalisées,
toxicomanes est de plus en plus difficile.
Cette constatation est partagée par le Sleep-In où l'équipe
est de plus en plus confrontée à des usagers-ère-s
" habitué-e-s " qui ne parviennent pas à obtenir un logement
individuel. Cette situation est préoccupante car l'augmentation
des " habitué-e-s " ne permet plus au Sleep-In de remplir son mandat
premier qui est de proposer de l'hébergement d'urgence. L'équipe
du Sleep-In n'a ni la mission ni le temps de trouver des appartements
pour ces personnes.
Cette problématique
est également d'actualité au sein des services sociaux de
la Ville de Lausanne. En effet, sur la demande du Sleep-In, une réflexion
sur ce thème a été initiée au début
de l'année entre les professionnel-le-s du social et les administrations
communales et cantonales concernées. Actuellement les solutions
sont difficiles à trouver.
Dans la première
partie, ce numéro de Zoom fait le point sur la situation actuelle
des logements sociaux dans la Ville de Lausanne. Dans la deuxième,
nous présenterons le travail de l'ASEMO, qui illustre une démarche
possible de gestion d'appartements satisfaisante pour toutes les parties.

Entretien avec Mme
Krebs, Cheffe du Service de l'environnement, de l'hygiène et du
logement et M. Reymond, Chef du Service social et du travail, de la Ville
de Lausanne.
Rel'ier - Quelle
est la situation actuelle en matière de logement à Lausanne ?
Mme Krebs - Nous connaissons aujourd'hui une grave pénurie de logements
toutes catégories confondues. Nous sommes largement en-dessous
du seuil considéré comme alarmant. En ce qui concerne les
appartements subventionnés, nous estimons qu'il manque actuellement
près de 1000 logements. Même si cette pénurie est
chronique, la situation reste préoccupante. La Ville de Lausanne
dispose actuellement de 45 appartements de secours loués aux gérances
de la Ville et de 70 appartements loués à des gérances
privées. Deux personnes travaillent à plein temps pour gérer
ces appartements, qui nécessitent de fréquentes remises
en état.
Rel'ier - Dans
cette situation de sous effectif de logements sociaux et subventionnés,
à qui sont prioritairement destinés ces logements ?
Mme Krebs - Actuellement plus de 50%* des ménages résidant
à Lausanne gagnent moins de Fr.40 000 /an. Il s'agit d'une population
essentiellement composée de jeunes en formation et de personnes
à la retraite. La politique actuelle de la Ville de Lausanne tente
de favoriser le maintien des familles sur la Commune en facilitant l'accès
aux appartements subventionnés à celles qui disposent de
revenus modestes.
Rel'ier - Que
peut faire la Ville pour remédier à la pénurie de
logements sociaux ?
M. Reymond - Actuellement, on peut dire que la Ville poursuit ses efforts
pour développer les appartements subventionnés. Cependant,
certains dossiers prennent du temps pour aboutir et cela pour diverses
raisons.
Rel'ier - Quelles
propositions de logement peuvent être envisagées pour les
personnes marginalisées ?
M. Reymond - Si l'on considère la question du logement des personnes
marginalisées, on distingue deux types de problèmes :
Premièrement, il y a une partie de la population qui a peu de revenus
(AVS, chômage, ASV) ou qui est endettée. Ces personnes ont
de plus en plus de difficulté à trouver un logement d'autant
plus que le marché immobilier se resserre comme l'a expliqué
Mme Krebs. Actuellement, l'ASV s'engage à payer les garanties de
loyer (trois mois). Cependant, des situations très dégradées
ont été constatées dans le passé : jusqu'à
six mois de loyers impayés. Signe de cette détérioration,
les expulsions ont fortement augmenté ces dernières années.
En 1991, 141 expulsions annoncées par la Justice de Paix, 69 exécutées.
En 1999 : 420 expulsions annoncées, 210 exécutées.
Pour parer à ces difficultés le CSR tente de trouver des
solutions grâce à des appartements de secours, particulièrement
pour les familles avec enfants.
Deuxièmement, malgré les garanties de loyer, les gérances
sont réticentes à louer des appartements à des personnes
dont elles pensent qu'elles vont troubler le voisinage et la tranquillité
de la maison. Les gérances des appartements subventionnés
sont dans le même cas. Il serait faux de considérer que les
gérances sont des structures sociales : lorsqu'elles ont
eu des expériences négatives (loyers impayés, appartements
fortement détériorés, problèmes de voisinages)
elles sont en droit de refuser des locataires.

Entretien avec Mme
Sommer, travailleuse sociale et M. Simon, travailleur social de
l'ASEMO à Lausanne.
Rel'ier - A
L'ASEMO, que proposez-vous aux personnes qui cherchent un logement ?
ASEMO - Selon les besoins de la personne et notre évaluation, il
existe deux possibilités :
- Pour les personnes
qui ont besoin d'un accompagnement socio-éducatif et d'un logement,
nous disposons actuellement d'un parc de six studios, dont les baux
sont au nom du Relais (nda. l'ASEMO est une structure de l'Association
du Relais). La durée des séjours dans les studios peut
varier de trois mois à un an selon les circonstances. Nous effectuons
régulièrement des évaluations et si nous constatons
que la situation ne convient pas à la personne - qu'elle n'est
pas en mesure de vivre seule - nous pouvons rapidement la réorienter
vers un foyer, par exemple. L'"outil studio", comme nous l'appelons,
permet de faire un "apprentissage" vers l'autonomie. Une fois que la
personne est logée, il est possible de s'intéresser aux
autres problématiques. Quand la situation le permet nous encourageons
la personne à se trouver un logement et l'accompagnons dans ses
démarches.
- Pour les personnes
pour qui un logement n'est pas prioritaire, nous accompagnons les démarches
en vue de trouver un logement. Nous donnons le " mode d'emploi " à
la personne: demander aux gérances les listes des appartements,
regarder les annonces dans la presse, téléphoner, visiter
les appartements, etc. Nous l'accompagnons si nécessaire.
Lorsque la personne
a trouvé un logement, nous essayons de rassurer la gérance,
nous expliquons ce qu'est une rente AI, une rente ASV, etc. En tant qu'organe
délégataire du SPAS, nous pouvons proposer aux gérances
des lettres de caution de loyer de trois mois (selon les normes actuelles).
Il est vrai que malgré
cette garantie certaines gérances refusent d'entrer en matière,
mais en général, les démarches aboutissent car les
gérances savent que la personne est suivie et que nous pouvons
intervenir en cas de problèmes. A terme, lorsque la personne a
retrouvé son autonomie et qu'elle ne nécessite plus un suivi
de notre part (souvent d'autres partenaires sont présents :
Office du Tuteur général, services sociaux communaux, tutelles
et curatelles privées, etc.), nous mettons fin à la prise
en charge et la personne peut rester dans l'appartement qui est à
son nom.
Rel'ier - A
qui sont destinés les studios ?
ASEMO - Les studios sont mis à disposition de personnes qui doivent
apprendre ou réapprendre à vivre seules. Par exemple des
personnes qui sortent d'institutions, de l'hôpital ou de prison,
des jeunes ayant des difficultés, des personnes immigrées,
polytoxicomanes ou, plus largement, ayant des problèmes relationnels,
familiaux ou psychiatriques et qui nécessitent un suivi de type
socio-éducatif. Selon la situation, il peut arriver que nous nous
rendions jusqu'à trois fois par semaine chez la même personne,
ce qui représente un temps de travail considérable.
Rel'ier - Quels
sont les moyens que vous utilisez pour favoriser " les bons rapports de
voisinage " qui sont aussi un critère d'acceptation ou de refus
de location pour les gérances ?
ASEMO - Nous sommes attentifs à cet aspect. Nous rencontrons le
concierge avec le locataire, nous réglons les questions d'intendance
(jour de lessive, par exemple). En cas de problème, le concierge
peut nous appeler ce qui permet déjà souvent de dédramatiser
la situation. Nous avons aussi des règles claires qui sont expliquées
au locataire du studio : respect des règles de la maison (pas
trop de bruit), pas d'envahissement du studio par des tiers, pas de consommation
dans l'appartement ni de deal. Si la personne ne respecte pas ces règles,
nous pouvons lui demander de quitter le studio, car son comportement met
en danger notre bail avec la gérance. Cela ne signifie toutefois
pas que nous mettions fin à la prise en charge.
Rel'ier - Finalement,
le travail socio-éducatif que vous proposez autour des logements
nécessite une grande souplesse et un investissement en temps considérable
?
ASEMO - Il ne suffit pas de mettre des personnes dans des appartements.
Il faut les suivre, les accompagner, les stimuler selon les situations.
Notre travail consiste aussi à être un trait d'union entre
les usager-ère-s et le concierge, la gérance ou d'autres
partenaires. Parfois le suivi peut être très conséquent
et peut comprendre des activités très diverses : déménagement,
peinture, intendance, apprentissage des règles d'hygiène,
apprendre à se faire à manger, apprendre à faire
la vaisselle, etc. Toutes ces activités peuvent selon les situations
prendre beaucoup de temps.

Jeudi 30 novembre
Réductions
des risques, traitements, quelles articulations possibles ?
Organisation GREAT.
Tél. 024 426 34 34
Guide pratique pour
les professions occasionnellement concernées par les personnes
s'injectant des drogues
Qui
s'y frotte ne s'y pique pas forcément
Comporte des réponses concrètes et des adresses utiles sur
le Canton.
Diffusion gratuite par Rel'ier.
Tél. 021 323 60 58
Consultez
le répertoire pour un réseau vaudois
L'aide aux toxicomanes
http://relier.concepto.ch/contenu.cfm
ainsi que le site : www.infoset.ch
Dès
février 2001, une
formation en promotion de la santé est organisée par l'Ecole
de la Source en collaboration avec RADIX
Renseignements et inscription :
Ecole de la Source. Tél. 021 641 38 39
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