
A propos de toxicomanie en région lausannoise
No 12 Avril 2001
Introduction de
QuaThéDA dans les résidentiels traitant les dépendances
Suite à la
résolution de l'OFAS (Office fédéral des assurances
sociales) d'exiger des structures au bénéfice de prestations
collectives AI l'introduction d'un système de management de la
qualité avant la fin 2001, l'Office fédéral de la
santé publique a proposé le système
Qualité Thérapies Drogues Alcool (QuaThéDA*),
tenant compte des spécificités du domaine des dépendances.
Les principaux objectifs de cette démarche sont:
- Définir
la "qualité" pour les résidentiels du domaine drogues
et alcool (quels traitements? Pour quels patient-e-s? A l'aide de quelles
ressources ?). Le but est d'obtenir plus de transparence pour les
collaborateurs-trices, les client-e-s, les services placeurs, les autorités
administratives et financières.
- Maintenir et améliorer
la qualité des structures (Avec quels outils? Avec quels résultats ?).
- Intégrer
les institutions dans un processus national de développement
de la qualité.
Composée d'un
Référentiel (liste d'exigences adaptées au secteur
des dépendances), d'un système de management de la qualité
(sur le long terme, assurer et promouvoir la qualité en élaborant
des instruments d'évaluation et de formation), QuaThéDA
se présente comme un système global de qualité. L'OFSP
a proposé aux responsables qualité des institutions une
formation gratuite.
Actuellement, sur le plan national, deux tiers des structures résidentielles
du domaine des dépendances, soit 80 institutions, ont adopté
QuaThéDA. Automne 2001, ces institutions devront avoir définitivement
introduit cette démarche dans leur fonctionnement.
A moyen terme, le système QuaThéDA va être proposé
à toutes les institutions actives dans le secteur des dépendances.
Prioritairement, les services ambulatoires et de réductions des
risques.
L'introduction de QuaThéDA a suscité de l'inquiétude
dans les résidentiels due notamment au fait que la démarche
était à construire et que, dans ces conditions, il était
difficile d'anticiper ce qu'elle allait apporter, voire transformer. Cette
inquiétude a été renforcée par un contexte
économique défavorable, placé sous le signe des restrictions
budgétaires.
Pour illustrer l'impact de cette démarche, voici les points de
vues de l'équipe du Foyer Relais et d'un responsable qualité
de la Fondation du Levant.
*Eléments tirés de QuaThéDA, décembre 2000,
OFSP

Rel'ier :
Après tout le travail effectué en vue de l'introduction
de QuaThéDA, estimez-vous que cela vous a apporté quelque
chose dans vos pratiques professionnelles quotidiennes ?
Equipe éducative du Foyer du Relais
Oui, lorsque nous avons réalisé la brochure " Concept pédagogique
et prestations "*: C'était un travail nouveau et intéressant
qui a permis d'avoir une vision d'ensemble des prestations que nous proposons.
Plus globalement, cela a représenté une façon plus
positive de dire ce que l'on fait. Grâce à cette brochure,
il a été possible d'expliquer ce qu'est l'éducation
au Foyer-Relais, cela avec nos mots d'éducateurs-trices. De plus,
ce travail a été plus utile pour l'extérieur (les
autorités politiques, les partenaires sociaux et juridiques) qu'à
l'interne, car nous avions parfois des difficultés à expliquer
en quoi consiste notre travail.
Nous avons fait une version plus courte de la brochure destinée
aux usagers-ères. On y trouve clairement énoncées
les prestations, les règles d'admission, la possibilité
de recours, etc. Ces offres ne sont pas nouvelles, mais elles sont plus
claires. Par exemple, maintenant, lorsqu'on rencontre un usager-ère
pour une procédure d'admission, nous avons des informations plus
transparentes à lui communiquer. En clarifiant les règles,
cela améliore le partenariat avec les usagers-ères.
Dans un autre registre, l'élaboration de la brochure a été
une expérience formatrice pour l'équipe: nous avons dû
être synthétiques et cela a mis en évidence nos compétences
rédactionnelles, invisibles jusqu'alors.
* L'équipe du Foyer a travaillé à l'élaboration
d'une brochure (présentant les objectifs et prestations du Foyer)
pour répondre notamment aux critères du SPAS (Service de
la prévoyance et d'aide sociales). Ce travail a pu être utilisé
par la suite pour répondre aux exigences de QuaThéDA.
M. Favre, responsable qualité à la Fondation du Levant
Oui, dans la mesure où la démarche QuaThéDA nous
a obligés à écrire ce que l'on fait et à en
débattre avec les collègues du terrain. Nous avons dû
nous poser des questions sur ce que l'on propose, et l'écrire de
façon précise. Auparavant, nous n'avions pas de support
écrit sur les processus que nous utilisions. Tout était
verbal. L'avantage c'est que les procédures étaient plus
souples, il était possible de les changer rapidement. Maintenant,
ce n'est plus possible: s'il y a un changement, cela modifie tout le processus,
qu'il faudra en conséquence retravailler formellement.
Au Levant, nous avons un team qualité qui regroupe les responsables
de chaque centre. Nous avons mené la réflexion en groupe
(grand ou petit) suivant la question.
QuaThéDA, c'est une expérience qui démarre sous la
contrainte mais qui fait émerger les bonnes questions. Par exemple :
le recours. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Est-ce indispensable? Globalement c'est une démarche qui nous permet
de prendre un peu de hauteur face au quotidien, et de se poser des questions
sur le contenu.
La démarche QuaThéDA a aussi changé nos relations
extérieures. Nous avons avancé la réflexion sur le
travail en réseau, par rapport à notre position face aux
partenaires sociaux, judiciaires.
Rel'ier : Quelles ont été les principales difficultés
que vous avez rencontrées dans la mise en place du système
qualité ?
Foyer du Relais
a) La mise en place de cette démarche représente beaucoup
de travail, de temps et d'énergie, car le temps pris pour QuaThéDA
n'est pas payé : il est pris sur le temps pédagogique.
La reconnaissance et la validation du travail fourni pour QuaThéDA
n'ont pas encore été démontrés de la part
des financeurs.
b) La valeur humaine est oubliée, on parle de qualité mais
pas du client. Cette démarche masque des pratiques de "taylorisme"
de type: quel mouvement produit quel effet. On édicte des lois
qui sont sécurisantes pour les financeurs alors que dans notre
approche, on travaille de façon individualisée.
Dans ces conditions, quelle place est laissée à l'évolution ?
A l'imagination ? Dans ce système, il faut des choses rigides,
finies... alors que parfois, il faut de la place pour les découvrir,
réfléchir et reconnaître nos erreurs et faiblesses.
Les valeurs que l'on propose vont être lues avec des lunettes qui
ne
correspondent pas forcément aux nôtres. Il y a un fossé
entre l'intention d'un système de management de la qualité
où la qualité est mise en avant et l'utilisation des résultats
dans un but de controlling. Il faut espérer que sous la contrainte
on va pouvoir sortir quelque chose de positif...
c) On savait que QuaThéDa était en construction et c'est
pour ça que l'on a choisi ce système, car n'étant
pas définitif il était possible de l'aménager. Cependant,
QuaThéDa aurait dû être plus clair et mieux préparé
(le modèle a changé plusieurs fois). De même, la démarche
aurait pu être mieux répartie dans le temps.
Aujourd'hui, nous sommes toujours dans l'insécurité car
QuaThéDa n'est reconnu ni par l'OFAS ni par l'OFSP. Actuellement
la seule chose dont nous soyons sûrs, c'est qu'il faut mettre en
place un système de management de la qualité. Nous avons
besoin d'un positionnement clair au niveau cantonal et fédéral.
d) Le contexte politique et financier dans lequel la plaquette a été
produite est très difficile et ceci est dû aux nombreuses
pressions extérieures. Dans ce contexte, on doit fournir des preuves
de notre travail. Dans d'autres circonstances cette démarche ne
poserait pas de problème, mais dans un contexte pareil, cela motive
peu au changement.
Actuellement, on recherche activement la collaboration avec les autres
partenaires du réseau, on recherche les complémentarités.
Malheureusement, avec un système comme celui qui existe aujourd'hui,
l'Etat pousse à la concurrence car il est clair qu'il n'y aura
pas de la place pour tout le monde.
M. Favre de la Fondation du Levant
a) Une des difficultés a été de rassembler et de
coordonner le mode de faire et de fonctionner de l'institution. Il est
apparu que dans un centre on avait telle façon de faire et dans
un autre telle autre façon. Cela a permis de mettre le doigt sur
une distorsion dans la pratique due à des changements de collaborateurs
et de responsables de centre. Cela nous a permis de nous mettre d'accord
sur une façon de faire.
b) Il a été difficile de faire accepter la démarche
QuaThéDA au monde du social complètement étranger
à ce type de méthode. De plus, cela nous est tombé
dessus car jusqu'à fin 1999, la Fondation du Levant dépendait
de la Santé Publique ; et donc, nous n'avons pas été
confrontés aux exigences du SPAS. Il a fallu une décrispation
des personnes de terrain, il a fallu casser l'image de qualité
= jugement. Il y a eu un important travail à l'interne pour expliquer
la démarche aux responsables des centres qui à leur tour
l'ont transmise à leurs équipes.
c) La mise en place de QuaThéDA a été faite avec
les moyens du bord, sans soutien financier. Nous avons reçu l'injonction
de mettre en place un système qualité mais pas les moyens
pour le faire, sans aucun appui financier de la Confédération.
Cela s'est fait au détriment des usagers (sur le temps de travail).
De plus, il a fallu se battre pour avoir des séances d'informations
pour tous les collègues. Nous voulions que ce soient les autorités
et pas nous qui informions les collègues, d'autant plus que la
démarche pourrait avoir à terme des incidences sur les emplois.
On s'est embarqué dans la démarche QuaThéDA sans
savoir ce que c'est ! On savait que c'était proposé par
l'OFSP et qu'elle devait permettre de mieux tenir compte des dépendances.
Au début cela n'a pas été très clair. Mais
avec l'arrivée d'une nouvelle équipe de formateurs, cela
a clarifié la démarche qualité.
Regards
croisés sur les toxicodépendances
"Révision de la loi sur les stupéfiants, état de
la question"
Mardi 5 juin 16h à 18h. CSR de Renens. Pour info, Rel'ier.
Tél : 021 323 60 58
Conseil, orientation
La permanence-JAD, destinée aux jeunes adultes en difficulté
de 18-25 ans
est ouverte tous les mercredis de 16h30 à 18h30 à la rue
Pré-du-Marché 21 à Lausanne.
Tél : 021 648 38 93 |