A propos de toxicomanie en région lausannoise
No 13 Septembre 2001

 

Activités sportives pour personnes en difficulté, l'Association SPort'ouverte

Ces dernières années à Lausanne, plusieurs nouvelles associations ont vu le jour, destinées aux personnes toxico- dépendantes ou en situation précaire. Pour ce numéro de Zoom, nous avons choisi de vous présenter l'une d'entre elles, SPort'ouverte et ceci principalement pour deux raisons.
La première est liée à l'insertion de cette Association dans le dispositif existant. En effet, une des spécificités de SPort'ouverte est que l'équipe d'encadrement, soit cinq personnes, est engagée professionnellement dans différentes structures du réseau médico-social, principalement actives dans le domaine de la prise en charge de personnes toxicodépendantes. Cela étant, la collaboration entre les différentes institutions est plus aisée ce qui améliore les passerelles et facilite l'orientation des usager-ère-s dans le réseau. Cette insertion a permis à l'Association de rapidement s'intégrer dans le paysage social lausannois. SPort'ouverte fait partie du Dispositif Seuil Bas (DSB), qui coordonne les prestations de type seuil bas proposées aux personnes toxicodépendantes. Un des objectifs de SPort'ouverte est de faciliter l'accès à des activités sportives individuelles ou collectives et ainsi de permettre à celles et à ceux qui y participent de (re)créer des relations sociales dans un quotidien souvent chaotique.
La seconde concerne le type de prestations proposées. On peut s'interroger, en effet, sur le lien entre le sport et les dépendances. Pourquoi proposer de telles activités à des personnes qui ont perdu un cadre de vie, dont l'état de santé est parfois mauvais ? On peut être étonné par exemple que certaines institutions proposent des sports " extrêmes " à des personnes après un sevrage : randonnées dans le désert, en haute montagne, 
participation à des compétitions… Et pourtant, le lien existe vraisemblablement entre une prise de risque par une substance et une autre prise de risque. Ce lien est certainement " thérapeutique " à condition de respecter des conditions d'encadrement convenables et de respecter la libre adhésion des personnes.
Voici donc une présentation de cette association jeune et dynamique et un encouragement à la réflexion sur le thème du sport comme activité salvatrice ?

Pour ce numéro de Zoom, nous avons donné la parole à un animateur et un habitué de SPort'ouverte.

*Pour en savoir plus sur l'Association : 
Rue de Genève 95 (ancienne gare 
de Sébeillon), 1004 Lausanne. 
Tél. 021 624 00 64 
e-mail : sport.ouverte@bluewin.ch

Entretien avec Thomas Légeret - cofondateur, président et animateur de SPort'ouverte - et Alexandre - usager régulier de l'Association depuis un an.

Rel'ier - Pourquoi proposez-vous des activités sportives à des personnes marginalisées ?

T. Légeret - D'une part, j'aime le sport. C'est une activité que je pratique depuis longtemps et c'est un domaine dans lequel je me sens à l'aise. Le sport, c'est une activité neutre, que l'on peut rendre accessible à toutes et à tous même si, de fait, certaines conditions doivent être réunies. La grimpe, par exemple, nécessite un encadrement et du matériel adéquats 
ainsi qu'une certaine condition physique. 
D'autre part, ce sont des activités saines, souvent en plein air, dans le respect de la nature, de soi, de son corps, des autres… Pratiquer des activités sportives permet de retrouver un rythme de vie, une régularité dans le quotidien, en particulier dans le contexte d'une préparation de compétition. Faire du sport permet de faire des liens entre le sport et les autres domaines de la vie. En d'autres termes, pour se présenter à une compétition il faut se préparer, dans la vie, selon les circonstances, c'est pareil…
Finalement, proposer des activités sportives permet de créer un espace privilégié de rencontres entre participants et avec les animateurs. Hors institution, cela permet de renouer avec la vie en groupe, la vie communautaire, en particulier pendant les camps.

Rel'ier - Alexandre, comment avez-vous découvert SPort'ouverte ?

Alexandre - C'est un copain qui m'a parlé d'un camp. Lui-même avait déjà participé à ce type d'activité et il m'en a fait une bonne publicité. De plus, j'ai vu des affiches au Centre Saint-Martin qui annonçaient le camp. Je me suis donc inscrit et cela s'est très bien passé. 
Depuis, je participe régulièrement à différentes activités sportives : grimpe, vélo, foot et cela plusieurs fois par semaine. Je trouve que c'est bien d'offrir une possibilité de participer à ces activités à des personnes qui habituellement n'y ont pas accès. A SPort'ouverte, l'accès est facilité, on s'inscrit à une activité et les choses suivent, on n'a pas à s'en préoccuper.

Rel'ier - Qui sont les personnes qui participent‡ aux activités sportives ?

Alexandre - Il y a des femmes et des hommes, des personnes toxicodépendantes, des " sans-papiers ", des personnes sans domicile fixe. Des personnes qui souhaitent retrouver un intérêt dans la vie. Il n'y a pas de groupes séparés, tout le monde est ensemble. La première fois que j'ai participé à un camp, il y avait des personnes très différentes, mais cela n'a pas posé de problème.
T. Légeret - Dans un premier temps, les personnes viennent car elles sont attirées par les activités sportives proposées et connaissent déjà un accompagnateur. Puis, certaines d'entre elles s'attachent à l'Association et participent aux activités régulièrement et reprennent un rythme de vie. Il est alors possible d'entreprendre une démarche de motivation et d'orientation dans le réseau, voire de réinsertion.
SPort'ouverte touche des personnes confrontées à des problématiques différentes. Le principe est de les mélanger afin de créer une dynamique plus constructive. Nous avons remarqué que selon le type d'activités proposées, il y a des personnes différentes qui s'y intéressent. Par exemple, nous avons constaté que pour les compétitions, c'était surtout les personnes toxicodépendantes qui y participaient (triathlons, 20 km de Lausanne, Rominger classic, etc.). Cela demande de la disponibilité, de la régularité dans les entraînements, ainsi qu'une certaine hygiène de vie.

Rel'ier - Comment se passe la cohabitation entre ces personnes aux parcours différents ?

Alexandre - Cela se passe bien, car nous avons un but commun pour tous: on est là pour faire du sport et sortir de notre quotidien. Quand on fait du sport, on ne pense pas à ses problèmes, c'est secondaire…
T. Légeret - Pendant les camps, nous avons observé que des liens se nouent entre les " anciens " de SPort'ouverte, c'est-à-dire les personnes qui ont déjà suivi des activités au sein de l'Association, et les " nouveaux ". Cela crée une certaine dynamique, où les anciens transmettent aux nouveaux ce qu'il y a de bon à prendre dans le cadre proposé lors des sorties. Chacun apporte sa vision des choses, ce qui est très riche, car les discussions ne tournent pas toujours autour des mêmes sujets. En 2000, près de 500 personnes différentes ont participé à des activités sportives dans le cadre de l'Association.

Rel'ier - Voilà trois ans et demi que SPort'ouverte existe, quels changements avez-vous constatés pendant cette période ?

T. Légeret - Premièrement, nous avons développé la collaboration dans le réseau social de prise en charge de la région lausannoise. Tous les animateurs de l'Association représentent et travaillent dans des structures du réseau vaudois, sept au total*. C'est une collaboration qui fonctionne dans les deux sens. Cela permet, d'une part, de décharger les institutions en proposant des activités sportives hors murs. D'autre part, de par leurs connaissances du réseau, les animateurs de SPort'ouverte peuvent motiver et orienter les personnes qui le désirent vers les services compétents.
Deuxièmement, nous avons développé la palette de nos activités et nos prestations. Nous avons aussi amélioré la qualité de l'encadrement car nous avons plus d'expériences dans la collaboration avec les institutions et plus d'expériences dans l'organisation et l'animation des activités sportives.

Rel'ier - Comment envisagez-vous la suite de vos activités ? Quels sont vos futurs projets ?

T. Légeret - Depuis janvier 2001, nous disposons de spacieux locaux à la Route de Genève 95, à Lausanne. Nous pouvons y entreposer l'essentiel du matériel (vélo, skis, matériel de camping, etc.). Nous sommes en train d'aménager un fitness. Des locaux sont aussi prévus pour un lieu d'accueil et un bureau.
Pour la prochaine étape, nous envisageons d'ouvrir un espace d'accueil régulier avec la possibilité de faire du fitness. Il ne s'agit pas de proposer la même chose que le Passage ou le Parachute (lieux d'accueil lausannois), mais de " l'occupationnel " à 100%. C'est-à-dire que les personnes qui fréquenteront nos locaux le feront pour y faire du sport. Il sera possible de venir avant ou après une activité, de s'entraîner au fitness ou de participer à l'entretien et à la réparation du matériel.

Rel'ier - Faire du sport à SPort'ouverte, qu'est-ce que cela vous apporte dans votre vie de tous les jours ?

Alexandre - Du plaisir ! Aussi parce que c'est faire du sport en groupe. Cela m'amène à avoir une meilleure hygiène de vie et, avec les compétitions, cela me donne envie d'aller plus loin et … me redonne envie de vaincre !

*Bethraïm, La Calypso, Centre St Martin, Entrée de Secours (Morges), Fondation Mère Sofia, Le Passage, Point d'Eau.

SPort'ouverte
Aperçu des activités sportives proposées

Hebdomadaire Football, vélo, piscine.
Bi-mensuelle Organisations de week-ends (camping, parc aquatique, grimpe, vélo, luge, randonnée, ski, etc.).
Annuelle

Quatre camps d'environ une semaine :

  • sportif (volley, basket, unihockey, vélo, etc.)
  • de ski (tous les sports d'hiver),
  • en Ardèche (canoë, grimpe, équitation, bord de mer, etc.),
  • itinérant (trekking accompagné par des chevaux).
Entraînement en vue
de compétitions
Vélo, natation, course à pied, deux fois par semaine et à la carte.
Le rythme s'intensifie à l'approche des compétitions.
Coût des activités SPort'ouverte possède certains équipements (vélos, skis, etc.) ; 
une grande partie des frais est pris en charge par l'Association ; 
les usagers participent toujours, mais dans la mesure de leurs moyens ; 
les transports sont assurés par l'Association.

 

Mer et Espaces
Journées de réflexion sur le thème de l'éducation par l'aventure 

26 et 27 septembre à L'UNIL Dorigny. 
Pour info : 021 692 22 95

10 ans de réduction de risques en suisse romande : bilan et perspectives

8 novembre à Genève. 
Org : GSG et GREAT. Pour info tél. au GREAT : 024 426 34 34
http://www.infoset.ch/inst/great/20011108_seuil.seminaire.html

La Pastorale de la rue a ouvert son site
www.pastoraledelarue.ch 

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