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A propos de toxicomanie en région
lausannoise
No 22 Mai 2005
Travail social
de proximité
L’augmentation
des problématiques sociales nous impose de trouver des réponses
diversifiées pour faire face aux différents besoins et aux
réalités sociales qui se modifient. Aujourd’hui nous
sommes confrontés à une augmentation du chômage des
jeunes, à la précocité des expérimentations
de consommations
de substances psychoactives telles que l’alcool, le tabac et le
cannabis.
Il s’agit donc de trouver des solutions pour éviter que ces
jeunes fragilisés se retrouvent dans un engrenage prétéritant
leur avenir sur le long terme.
Le travail social de proximité est une réponse originale
pour rentrer en relation et créer un lien privilégié
avec des jeunes qui sont dans une trajectoire de rupture, pour les remettre
en contact avec les structures spécialisées. Aujourd’hui
dans le canton de Vaud sont répertoriés 16 projets, mis
en place pour répondre aux besoins du terrain.
Nous avons décidé de présenter ici le travail de
proximité développé par les éducateurs du
Rel’aids, car ils ont été les précurseurs de
ce travail de rue dans le canton de Vaud.
Une prévention
tout-terrain
Par Marie-José
Auderset
La structure Rel’aids
a été créée en 1991 par l’association
du Relais, qui œuvre dans le canton de Vaud depuis plus de trente
ans auprès d’adultes en difficulté. La démarche
initiale consistait à sortir de l’institution pour aller
vers et rencontrer des personnes toxicomanes marginalisées, qui
n’avaient pas accès aux soins, ni aux messages de prévention
du sida. Bref, être présent là où les autres
intervenants sociaux ne l’étaient pas. Depuis lors, le contexte
social et les problématiques ont évolué. Aujourd’hui,
ces professionnels vont à la rencontre de toutes personnes ou familles
confrontées à des difficultés liées directement
ou indirectement à la consommation de drogues.
8h30 du matin : Lionel Vandel,
l’un des trois éducateurs de rue, commence sa journée
de travail. Contrairement à beaucoup d’entre nous, il n’a
ni bureau pour recevoir les clients qu’il côtoie, ni dossier
pour collecter les informations les concernant. Comme seuls outils de
travail, un agenda, un grand répertoire d’adresses et une
voiture.
Pour ce lundi, la journée est déjà balisée
: dans une heure, il a rendez-vous avec Fabien, un jeune de 20 ans dépendant
des drogues, qu’il a rencontré dans la rue il y a peu. Il
va l’aider à trouver un lieu d’hébergement.
Midi : préparation d’une prochaine réunion à
Yverdon-les-Bains avec différentes personnes qui réfléchissent
depuis plusieurs semaines au problème de la violence dans leur
ville.
15 heures : visite de plusieurs logements avec Fabien. Puis départ
au skate parc de Gland pour rencontrer un jeune en rupture d’apprentissage,
qui consomme du cannabis d’une façon problématique.
18h30 : rencontre avec la famille de ce jeune pour tenter de cerner le
problème et trouver des pistes d’action.
Interventions à
la demande
Lionel Vandel nous dit : «Nous
rencontrons des personnes dans la rue et nous sommes également
sollicités pour des interventions multiples par différent
partenaire: une structure sociale régionale qui nous fait part
d’une situation inquiétante, un médecin qui nous demande
un coup de pouce pour un patient, des parents
soucieux pour leur enfant qui consomme des substances, un maître
d’apprentissage ou un professeur inquiet pour un jeune qui décroche».
Souplesse dans
l’action
Les professionnels
du Rel’aids peuvent intervenir dans l’ensemble du canton de
Vaud, puisqu’ils sont mandatés par le Service de la santé
publique, la ville de Lausanne, Lausanne Région et la ville de
Nyon. «Cela nous permet d’avoir une vision large, globale,
affirme Lionel Vandel. La semaine dernière, j’ai rencontré
à Lausanne une personne en difficulté. Elle est officiellement
domiciliée dans la Broye, a un médecin à Renens et
a trouvé une maison d’accueil à la Vallée de
Joux. Notre atout est de pouvoir l’accompagner d’un point
à l’autre du canton, au-delà des frontières
locales ou régionales. Nous pouvons ainsi faire preuve d’une
grande souplesse et notre action en est grandement facilitée. D’autant
plus que nous intervenons dans tous les lieux de vie, que ce soit dans
la rue, les établissements publics ou le domicile privé
des personnes en difficulté». Cette souplesse géographique
s’accompagne d’une disponibilité horaire adaptable
aux situations rencontrées.
Observateurs des
réalités nouvelles
Les travailleurs de proximité
sont aux premières loges pour sentir les changements de la société.
En côtoyant des personnes qui vivent dans la marge, ils perçoivent
l’évolution des problématiques sociales. Ils doivent
en permanence se montrer curieux, accepter l’inconnu, s’informer
et adapter leur accompagnement. Un exemple: l’arrivée sur
le marché des amphétamines thaïes.
«C’est dans la rue que les gens ont commencé à
en consommer de façon problématique, se souvient Lionel
Vandel. À un certain moment, alors que je ne connaissais encore
rien à cette substance, j’ai rencontré plusieurs jeunes
qui avaient maille à partir avec cette drogue. Et puis un jeune
consommateur a voulu un sevrage. J’ai fait plusieurs téléphones
pour répondre à son attente et pour m’informer, mais
en vain. D’une part, les documentalistes spécialisés
dans ce domaine avaient encore peu d’informations sur ce point,
d’autre part, les unités de sevrage n’avaient aucune
connaissance ni expérience de ce type de substance».
En contact avec les réalités du terrain, ces travailleurs
de rue sont bien placés pour lever des lièvres. Ils prennent
conscience des nouveaux problèmes bien avant les autres. Ils sont
en quelque sorte en phase avec les battements du cœur de cette partie
de la société. C’est dire si leur travail peut prendre
des formes différentes selon la personne concernée et les
difficultés sociales rencontrées. Pas étonnant dès
lors que si on demande à ces professionnels de citer quelques verbes
qui représentent leurs
diverses activités sur le terrain, les mots fusent: écouter,
être disponible,accueillir, prendre en compte, accompagner, médiatiser,
informer, orienter, conseiller, chercher, lâcher prise, innover,
conceptualiser.
Partager son vécu
Pour Patricia Fontannaz, c’est
le terme de passeur qui définit le mieux son travail et illustre
le concept de prise en compte du Rel’Aids : «J’interviens
de façon intensive à un moment donné sans entrer
dans une relation d’aide à long terme où je deviendrais
l’interlocutrice privilégiée; je cherche avec la personne
en difficulté les ressources dans son entourage, dans son réseau
de proches ou institutionnel; je l’aide à trouver une certaine
autonomie. Cela exige de savoir lâcher prise à un moment
donné et de faire confiance». Dans la pratique, il n’est
pas toujours évident de satisfaire à cette exigence. Les
métiers dans la relation d’aide comportent en effet un
certain nombre d’écueils bien connus: perte de la distance
nécessaire avec l’usager, difficulté à comprendre
les situations…
Comme la plupart du temps, les éducateurs du Rel’aids travaillent
seuls face à la complexité des situations, le travail en
équipe est indispensable pour éviter les
dérives possibles. Dès lors, ils
réservent chaque semaine du temps pour restituer au sein de l’équipe
ce qu’ils vivent au quotidien. «Le partage de notre vécu,
la réflexion commune, la conceptualisation de notre démarche
sont essentiels dans notre travail, estime Lionel Vandel. Cela peut éviter
certaines dérives qui nous guettent tous, comme la relation fusionnelle
par exemple. C’est aussi important de pouvoir parler ensemble de
l’évolution des problématiques que nous rencontrons».
Un exemple cité par Jean-Jacques Marro: «Actuellement, on
voit parfois des jeunes coupés de tout, qui vivent reclus, en vase
clos, à l’envers: ils ne quittent pas l’appartement
familial, ils dorment le jour et vivent la nuit. Nous avons observé
ce genre de situations à plusieurs reprises ces derniers temps.
En colloque, nous en parlons, échangeons nos impressions, nos doutes.
Nous nous interrogeons: est-ce un phénomène émergeant?
Les drogues jouent-elles un rôle important dans ce comportement?
Comment pouvons-nous agir pour apporter la meilleure aide possible?»
Baliser sa pratique
professionnelle
Si les questionnements,
les doutes, les remises en question sont le lot quotidien de ces éducateurs
de rue, ils ont aussi emmagasiné au fil du temps des lignes de
conduites, des convictions, des exigences qui leur
permettent d’aller de l’avant. «Quand j’ai commencé
à travailler au Rel’aids, se souvient Lionel Vandel, je me
suis senti porté par les années de pratique. Je suis rentré
dans une équipe qui avait déjà essuyé les
plâtres. Ils m’ont dit: ça, c’est possible, ça,
tu dois l’éviter. Ils m’ont aidé à mettre
des balises à ma pratique professionnelle».
Aujourd’hui, en plus
du travail décrit ici, un certain nombre d’intervenants dans
différentes régions du canton, ont un mandat de travail
de proximité.
Vous retrouvez les adresses de ces intervenants dans L’aide
aux toxicomanes – Répertoire pour un réseau vaudois,
au chapitre Travail social de proximité, accessible sur le site
http://relier.concepto.ch/contenu.cfm
Le Service de la
santé publique et Relier coordonnent une plate-forme d’échange
qui regroupe ces différents travailleurs sociaux de proximité.
Pour poursuivre la réflexion une référence bibliographique
:
Travail social hors murs, Joëlle Libois et Laurent Wicht,
Edition IES, Genève 2004.
Nouvelles pratiques de médiation sociale, Dominique Bondu,
ESF Editeur.
Brochures et publications
‹ Qu’avons-nous
appris – Prévention dans les institutions pour jeunes
Office fédéral de la santé publique (OFSP) Berne,
avril 2005. Une publication qui fait le point sur 10 ans de projet Fil
rouge en Suisse romande.
A commander auprès de cornelia.stromsky@bag.admin.ch,
031 323 11 76.
‹ Au féminin,
s’il vous plaît! La pratique
Office fédéral de la santé
publique (OFSP) Berne, 2005. Une publication qui contient des informations
sur le projet «Femmes-Réseau-Qualité»
et ses résultats.
A commander auprès de Andrea Schärmeli, section Drogues, OFSP,
3003 Berne.
031 323 88 09, andrea.schaermeli@bag.admin.ch.
‹ Nouveauté
le Classeur Hep CH
Manuel qui fait le point sur l’Hépatite C, la prévention
et la thérapie.
A commander au Bureau de la réduction des risques BRR rte des Arseanux
9, 1700 Fribourg 026 347 15 75 ou
à consulter en ligne sur internet : www.hepch.ch/f/accueil.htm.
Info réseau
- Croix Bleue
Nouvel espace social, bureau, caféteria publique et magasin de
seconde main vêtements et mobiliers
Point Bleu, av. de la Gare 31, 1022 Chavannnes-Renens
au 021 633 44 31.
Formation
- Les nouveaux catalogues
de la fédération des organismes de formation Fordd et
la formation continue Aria peuvent être commandés auprès
du Great au 024 426 34 34 ou par mail : joc.per@great-aria.ch.
Matériels
de prévention
- Deux nouvelles
brochures et un DVD publiés par l’ISPA
disponible à la librairie de l’ISPA au 021 321 29 35 ou
www.sfa-ispa.ch.
- Trop… trop souvent… trop dangereux?! Consommer,
consommer trop, être accro: comment savoir?
Brochure pour ados de 12 à 16 ans.
- Trop… trop souvent… trop dangereux?!
Consommations de drogues à l’adolescence, informations
et conseils pour les parents.
Rapport de recherche.
- La parole
aux adolescents
DVD par ISPA, IUMSP, PEDES, UPVS, Lausanne, 2005
Réflexion autour des enquêtes sur la santé des 11-20
ans.
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